Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Ruf
L'abbaye Saint-Ruf d'Avignon, fondée à la fin du XIe siècle, s'est développée à partir d'un lieu de culte périphérique cédé en 1039 par l'évêque Benoît d'Avignon à quatre clercs souhaitant mener une vie religieuse. Le site, initialement une nécropole paléochrétienne, devint un centre influent de la réforme canoniale, soutenu par la papauté grégorienne et les comtes de Barcelone. Son rayonnement s'étendit en Europe (France méridionale, péninsule Ibérique, Scandinavie), bien que l'ordre religieux associé reste peu étudié.
Au XIIe siècle, l'abbaye accueillit le futur pape Adrien IV parmi ses chanoines réguliers. Cependant, des conflits avec le chapitre cathédral d'Avignon conduisirent au transfert du siège de l'ordre à Valence en 1158, réduisant le site à un prieuré. Fortifiée au Moyen Âge, l'abbaye abritera encore deux conciles provinciaux aux XIVe siècle (1326 et 1337), présidés par Gasbert de Valle, archevêque d'Arles. Son influence artistique et spirituelle, notamment via le culte de saint Ruf, s'étendit jusqu'en Terre sainte et en Italie du Nord.
L'abbatiale, partiellement détruite en 1763, ne conserve aujourd'hui que son chevet, son clocher roman aux baies géminées, et des traces de fortifications sur le transept. Les fouilles ont révélé une décoration typiquement provençale (colonnes cannelées, chapiteaux à feuilles d'acanthe) et un chapiteau marmoréen du Songe de Joseph (vers 1145), aujourd'hui exposé au musée du Petit Palais. Classée monument historique en 1889, ses ruines illustrent l'importance des chanoines réguliers dans le sud-est de la France.
Le clocher, caractéristique de l'art roman provençal, combine moellons et pierres de taille en grand appareil, avec des colonnettes ornées. Le chevet, à abside polygonale flanquée d'absidioles, présente des fenêtres à archivoltes sculptées (billettes, dents d'engrenage). La nef, autrefois voûtée en berceau, témoignait d'une inspiration antique, tandis que le chœur, voûté en cul-de-four, était orné de colonnettes variées. Ces éléments reflètent le mélange d'austérité religieuse et de raffinement artistique propre à l'ordre de Saint-Ruf.